Le burn-out, une maladie invisible qui se développe… avec le confinement.

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On utilise souvent ce terme pour résumer en réalité trois états bien différents : 

  • Le burn-out : un état d’épuisement physique, émotionnel et mental lié à une dégradation du rapport d’une personne à son travail.
  • Le brown-out : quand le travail n’a plus aucun sens.
  • Le bore-out : quand l’ennui au travail rend malade (le syndrome du placard).

Mais, dans ce billet, je vais me focaliser sur le burn-out, et pas celui « intentionnel », quand une personne (un manager, souvent) vous veut du mal.

Non, le burn-out où la personne est focus sur son travail, n’a pas de mauvaises intentions, au contraire d’ailleurs et pourtant, d’un coup sans prévenir… arrive le mur en pleine face.

Rien qu’en France (en temps normal) , avec ses 27 millions d’actifs, on estime à 7% (étude de CSA Research de Février 2020 que j’utilise au fil de l’article) le nombre de personnes touchées par ce syndrome. Soit au total 1 890 000 personnes en France. Oui c’est énorme !

 

Beaucoup le considèrent comme le mal professionnel du siècle, et pourtant que se passe-t-il ? Rien, ou presque rien, à titre préventif comme curatif.

Mais avec le confinement, on nous parle beaucoup et c’est bien normal du  Covid19, mais sans prévenir, c’est aussi un autre virus qui s’amplifie, celui du burn-out (et du bore-out). Selon la dernière étude CSA Research d’Avril 2020, 1 français sur 5 vit mal le confinement (dont 71% des personnes qui sont ou ont été en burn-out). Un phénomène très largement amplifié chez les 18 -34 ans à qui le manque de vie sociale manque cruellement.

La période que nous vivons depuis le 16 mars est un amplificateur incroyable. Les gens qui étaient mal, sont encore plus mal. On peut se dire que quand on est en souffrance personnelle, le lien social avec les collègues est aussi un moyen de se changer les idées, de se confier, de s’amuser. Renfermé dans son domicile, on est plus face à soi même, face à ses questionnements, face à ses cogitations personnelles.  La situation inédite est déjà angoissante pour tout le monde, puisqu’en ce moment 23% des Français se déclarent près du burn-out , soit 3 fois plus qu’en temps normal (et jusqu’à 46% chez les 18-24 ans).

La situation économique à venir angoisse 36% des Français, 31% se posent des questions sur le sens de leur vie et 23% ressentent une surcharge de travail. Le mal-être des Français va être un véritable enjeux de l’après Covid. 

C’est pour cette raison, que je voulais m’attarder sur le burn-out, si cela peut éviter des cas et sensibiliser un peu chacun.

Mains sur un clavier

Ce mal touche beaucoup de monde mais pas toutes les catégories de la même manière :

  • 44% des jeunes (18-24 ans) se déclarent proches de cette situation, 17% y être. L’équation complexe à réaliser entre les études, la pression de la réussite, l’entrée dans la vie professionnelle et l’installation dans l’âge adulte apparaît compliquée.
  • 57% des actifs, et particulièrement les cadres et professions libérales, se déclarent touchés.
  • 51% des victimes du burn-out sont des femmes.
  • Les 35-49 ans mettent l’accent sur le déséquilibre entre la vie professionnelle et la vie personnelle.
  • Les 50-64 ans soulignent plus largement les difficultés ressenties dans leur travail.
  • À noter aussi que le burn-out touche également les inactifs, à 33%.

En résumé, personne n’est à l’abri de ce mal.

 Premiers symptômes du burn-out :

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), il se caractérise par trois aspects  :

  • Un sentiment de fatigue intense et d’épuisement
  • Des sentiments négatifs ou cyniques liés au travail
  • Une efficacité professionnel réduite.

Les personnes qui en souffrent ont l’impression d’être pressées comme des citrons. Elles commencent par perdre le sommeil, elles encaissent, elles encaissent, veulent faire face jusqu’au moment où, ce n’est plus possible, « comme un mur » décrivent certaines personnes. Impossible de faire quoique se soit, la machine est à l’arrêt.

Quelles sont les causes ?

Le burn-out est dû à un stress important et répété. Et nous ne sommes pas tous égaux dans notre capacité à l’encaisser. Le stress est une réaction du corps, qui lui permet de se mettre en alerte le temps d’un danger. Le danger est lorsqu’il devient permanent que le corps est sans cesse en état de tension.

Le burn-out touche en priorité quelques profils particuliers :

  • Les collaborateurs perfectionnistes et engagés dans leur travail : ils aiment leur entreprise et en sont souvent des piliers. Ils sont en quête de reconnaissance, dévoués, ne comptent pas leurs heures ni leur énergie et se retrouvent les plus vulnérables face à ce que l’on appelle « la maladie de l’idéalité ». Ce point est d’autant plus prégnant chez les jeunes, avec le diktat du perfectionnisme : un quart des 18-24 ans (24%) choisissent cette dimension comme cause principale du burn-out (contre 12% de l’ensemble des Français).
  • Des profils spécifiques plus fragiles : les caractères plus calmes, plus discrets, ceux qui ont peur de dire non et qui, de fait, disent toujours oui. Ils ont peur du rejet de l’autre, expriment peu leurs sentiments, les gardent pour eux, jusqu’au moment de craquer.
  • L’hyper-connexion : le problème, c’est qu’aujourd’hui l’urgence est devenue un mode de vie. Nous sommes sur le qui-vive 24h/24. Plus de temps pour se poser, plus de temps pour profiter de l’instant présent. L’urgence, toujours l’urgence.
  • Les femmes : selon le Dr Kamani, les femmes sont particulièrement touchées. De plus en plus impliquées professionnellement, elles doivent souvent gérer en même temps les soucis de la vie familiale : à la charge professionnelle s’ajoute la charge mentale.. Pour aider les famille et limiter la charge cognitive, il existe des solutions comme www.familiz.com qui permettent de faciliter la gestion des tâches quotidiennes de la famille.

Pour Catherine Vasey, psychologue et autrice, fondatrice de Noburnout, nos conditions de travail actuelles favorisent la multiplication des cas de burn-out :

Dans notre société, l’hyperactivité est survalorisée. Dès lors, les gens ne sont pas évalués sur les bons critères. On leur demande de faire mille choses à la fois, d’aller le plus vite possible, et avec les nouveaux moyens de communication, de toujours répondre dans les cinq minutes. On les surcharge de travail et d’informations -dont la plupart ne les concernent pas- à gérer. Tout en faisant fi de leur désir d’exécuter un travail de qualité .

D’où le sentiment qu’ont de plus en plus d’entre nous de subir leur travail.

Photo by Abishek on Unsplash

Un point important que le salarié subit, c’est l’organisation de son entreprise, ou plutôt sa désorganisation, ses dysfonctionnements, ses lourdeurs. Il va essayer de compenser ces difficultés organisationnelles en y passant plus de temps, en y dépensant plus d’énergie, jusqu’au moment où… il ne pourra plus rien faire.

Au Danemark, on explique que la compétence et l’organisation (personnelle et de l’entreprise) représentent 80% des éléments pour le bien-être des salariés. On a pu voir que la recherche de perfection, la personnalité, l’hyper-connectivité, l’organisation, l’environnement personnel étaient des éléments clés.

À mon sens, il y a aussi l’environnement plus large : le climat, l’ambiance générale. Je ne suis pas scientifique ou chercheur, mais un climat anxiogène doit forcément contribuer à favoriser ce phénomène.

On observe aussi une prégnance bien plus forte des facteurs personnels dans les causes citées par les Français se déclarant proches du burn-out. Si le cumul des tâches professionnelles demeure le premier facteur (34%), l’expression d’une lourdeur dans l’accomplissement des tâches quotidienne dans la vie personnelle (30%) y a aussi une forte part.

Comment faire pour éviter le burn-out ?

Bien sûr je ne suis pas médecin pour donner les clés pour s’en sortir, mais les retours d’expérience, les échanges sur le sujet, permettent d’identifier quelques pistes :

  • S’exprimer : exprimer son ressenti, ses difficultés, avec son manager, sa ou son RH ou son patron, bien sûr dans la mesure du possible. Toutes les entreprises ne le permettent pas toujours. L’autre difficulté, c’est que les salariés ne sont pas à l’aise pour s’exprimer sur le sujet, ce n’est pas notre culture. On a peur du regard de l’autre, de sa réaction, on manque de confiance en soi, d’estime de soi.
  • Apprendre à couper : les coupures le midi, les pauses, échanger avec les collègues, sont des éléments importants pour couper un peu. Même en période de télétravail, il est important de garder le lien informel avec ses collègues.
  • La déconnexion : apprendre à stopper le soir, le week-end, et même poser son portable pour déconnecter au sens plus large et se recentrer sur soi.
  • Prendre soin de soi : apprendre à prendre le temps, que se soit par la relaxation, la méditation, l’hypnose ou encore la psychologie positive, toutes ces solutions peuvent aider face à la difficulté du moment. Ne pas hésiter à rechercher l’appui d’un professionnel de la psychologie lorsque l’on sent que le mal-être commence à s’installer
  • Faire une activité physique : c’est un remède efficace qui permet à chacun d’évacuer ses tensions, son stress, et de débrancher son cerveau pendant un certain temps.

Il existe aussi des solutions d’auto-évaluation, qui permettent à chacun de se tester, les tests MBI et CBI :

  • Le test MBI, Maslach Burnout Inventory a été établi en 1986. Il explore trois versants : l’épuisement, la dépersonnalisation et l’accomplissement personnel.
  • Le test CBI, Copenhagen Burnout Inventory s’intéresse à l’épuisement personnel, l’épuisement professionnel et l’épuisement relationnel.

Si leurs résultats n’ont pas de valeur de diagnostics médicaux, ils peuvent renseigner sur l’opportunité de rechercher une solution, voire une aide médicale ou psychologique pour améliorer sa situation.

Le télétravail est-il une solution ?

Bien difficile de le savoir. Beaucoup d’entre nous, actuellement travaillons en télétravail, mais un télétravail imposé par la situation. Pour 48% des interrogés, ils se sentent isolés de leur entreprise ou de leurs collègues (un ressenti amplifié à 70% pour les personnes sujettes au burn-out)  et 41% des personnes ont du mal à déconnecter.

Une souffrance qui a été énorme pour les parents en télétravail à temps complet et qui en plus devaient s’occuper des enfants pour se substituer à l’école. Une fatigue énorme pour beaucoup d’entre eux et un mal-être personnel, car bien compliqué de faire totalement son travail dans ces circonstances.  Avec ces quelques éléments, on peut penser que ce n’est pas la solution miracle.

Mon expérience personnelle

Je n’ai jamais été totalement dans cet état, mais je sens que j’en ai été très proche, très très proche. Et au pire moment, celui du rachat de Mediaveille, début 2010.

Fatigué par une dernière année en tant que salarié, avec un gros volume de travail, des guerres internes, et la mise en place d’un PSE (Plan de Sauvegarde de l’Emploi), les images envoyées par certains, les conséquences de la crise de 2008… Et en définitive 20 ans de travail passionnant, où j’ai donné beaucoup, et peut-être à un moment, un peu trop en m’oubliant personnellement.

Le fait de quitter l’entreprise qui m’avait construite au fil des ans m’a affecté comme une séparation, même si c’était mon choix. Et simultanément, je découvrais le stress du dirigeant, de l’entrepreneur, la découverte de la gestion de la trésorerie, le stress du remboursement d’un LBO, l’appréhension d’un nouveau business, de devenir le seul capitaine du navire.

J’ai vécu des moments compliqués, particulièrement difficiles. Ne plus pouvoir ouvrir son ordinateur (pas facile dans mon job), ne plus pouvoir monter les marches de l’immeuble pour aller au bureau, on se demande ce que l’on fait là, on ne voit pas comment on va pouvoir travailler. Ce n’est plus une question de volonté, le corps se refuse à l’activité professionnelle, et c’est une profonde détresse.

J’ai la chance d’avoir du tempérament, une force intérieure qui me donne l’énergie pour remonter la pente. Je ne me suis pas fait accompagner, j’en ai rarement parlé, j’ai fait un gros travail sur moi-même.

J’ai essayé (je dis bien essayé) de maîtriser davantage mon cerveau !  Partir en vacances pour couper et faire un reset, réussir à lâcher prise, se fermer le cerveau le week-end, trouver des petites satisfactions personnelles, retrouver le plaisir de redécouvrir la nature, apprendre à apprécier le moment présent.

Chaque soir, dans ma voiture, je m’imposais un rituel, celui du “j’ai passé une bonne journée”, consistant à repenser à trois bons moments vécus dans la journée. Aujourd’hui, c’est un réflexe.

Mais les solutions possibles sont nombreuses et dépendent de chacun d’entre nous et surtout de l’étape à laquelle on se trouve.

Gros plan de pieds, personne marchant sous la pluie Photo by Mette Køstner on Unsplash

Quelles solutions contre le burn-out ?

Une difficulté principale est la perception totalement différente pour ceux qui n’ont jamais été touchés par cette situation. Difficulté à se comprendre, à bien analyser, à ajuster les choses.

À première vue, la prise en charge s’organise en plusieurs étapes :

  • Repos : arrêt maladie délivré par un médecin généraliste.
  • Reconstruction identitaire par une thérapie pour retrouver confiance en soi et estime de soi.
  • Nouveau projet professionnel : se faire accompagner pour aider à la reprise du travail (psychologue du travail, coach spécialisé, médecine du travail).

C’est un combat, souvent personnel, qui va demander du temps pour retrouver son énergie et le plaisir. D’un côté, il faut se retrouver soi-même, se donner du temps, et parallèlement réussir à en parler pour externaliser son mal-être, reconnaître sa souffrance sans culpabilité.

Dans 40% des cas les personnes auront le réflexe médical, 21% en arrêt maladie, 21% aussi par la pratique d’activités de bien-être, et 19% par une formation pour changer de vie professionnelle. La prise de longs congés sabbatique est beaucoup plus faible, avec seulement 10% des citations.

Une nuance importante est à noter chez les jeunes de 18 à 24 ans. Chez eux, le médecin est une solution peu envisagée. Ils préfèrent se tourner vers des solutions beaucoup plus radicales dans leur vie personnelle et/ou affective, en changeant purement et simplement de situation (35% des cas). Cette solution est naturellement de moins en moins citée à mesure que l’on avance en âge.

L’âge pivot se situe à 35 ans : le fait de démissionner ou de faire des changements radicaux dans sa vie personnelle marque le pas à ce moment-là, pour donner plus de place aux solutions médicales ou à la prise de recul.

La reconstruction passe avant tout par la détection de la cause principale du mal-être, et sa capacité à trouver une solution pour le futur. Elle peut être personnelle, pour apprendre à faire face à sa charge, mais elle peut aussi être construite avec son entreprise, pour trouver une nouvelle mission, un nouvel environnement, voire un changement professionnel si c’est la solution (pour 24% des personnes concernées).

À titre personnel, je ne peux que conseiller d’apprendre à lâcher prise (une vraie prouesse), qui permet en plus de garder le sommeil, un allié invisible dans la vie.

L’organisation personnelle : un rempart contre le mal-être

Un point qui me semble très important mais qui est à mon sens trop peu mentionné dans toutes les solutions pour éviter le burn-out ou mieux vivre par la suite, c’est l’organisation personnelle.

Mieux maîtriser son job et être organisé permet de limiter les niveaux de stress et de faire les choses plus confortablement. Utiliser les solutions technologiques qui permettent de mieux s’organiser, prendre conscience de la loi de Pareto (les fameux 20/80). Se concentrer à bien faire les 80% qui vont nous prendre que 20% de notre temps, c’est un élément clé.

Les gens (et les Français) se fatiguent sur le reste, les fameux 20% de points de détails qui vont vous prendre 80% de votre énergie et vous frustrer sur le fait que ce n’était pas totalement ce que vous auriez rêvé de faire. Ce point est vraiment un mal beaucoup trop fréquent dans les entreprises.

Dans la même lignée, apprendre à hiérarchiser, ou demander à son manager de le faire pour pouvoir prioriser ses actions, vous soulagera grandement et permettra de faire les choses dans l’ordre attendu par votre hiérarchie, ce qui évitera aussi des tension ou des sentiments de mal-être.

Et enfin, comme c’est un mal qui touche avant tout les gens qui disent toujours oui, il faut donc apprendre à savoir dire « non ». Je sais, c’est difficile, et il ne faut d’ailleurs pas partir à l’inverse à contester ou dire toujours non. Simplement, quand ça ne passe pas ou que l’on ne voit pas comment tout faire, il faut demander à être accompagné. Ce dernier point est vrai pour tout le monde : apprendre à dire non, c’est compliqué, et quelle que soit sa fonction. C’est vrai aussi pour le dirigeant : on aimerait toujours dire oui, mais ce n’est pas toujours possible.

Ce sujet est particulièrement complexe, car il est avant tout personnel dans sa capacité à faire face, mais aussi dans sa capacité à mieux se connaître pour vivre de façon beaucoup plus heureuse dans sa vie personnelle et professionnelle. En tout état de cause, le meilleur conseil que l’on puisse se donner, c’est d’agir avant que ça ne soit trop tard en apprenant à mieux se connaître.

Le premier capital que nous avons est notre santé, il faut en prendre soin avant tout pour pouvoir trouver le chemin qui nous correspond le mieux.

Merci à tous pour vos retours d’expérience personnelle. Quelles sont les solutions que vous avez mises en place pour éviter d’être concerné, ou au contraire, comment avez-vous rebondi ?

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Olivier Méril

La stratégie digitale est un univers passionnant à explorer et encore plus à partager. Avec mes collaborateurs, nous avons à coeur de vous communiquer notre expérience et notre savoir-faire.

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