Pourquoi j’ai quitté ma boîte 5 mois, et ce que ça m’a apporté !

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Ma prise de conscience

2018 marquait l’approche de mes 30 ans de carrière professionnelle, et 10 ans de l’intense et passionnante aventure MV Group, 10 ans de croissance hyper soutenue. 

Pendant toutes ces années, j’ai travaillé, beaucoup (vraiment beaucoup), vite, de plus en plus vite, tellement je suis accro à l’optimisation des méthodes de travail. Mais il fallait que je prenne conscience, j’étais fatigué. Oh, rien de grave, et qui correspond à la fatigue que chacun peut connaître, mais pour moi, c’est certainement un élément amplificateur. Autant quand je suis bien, je dégage une énergie positive, qui entraîne chacun vers l’avant, autant fatigué ou stressé, c’est de la mauvaise énergie. 

Au fil des années, j’étais devenu une « machine à valider (ou pas) », sans même plus avoir la possibilité de me poser plus de quelques minutes sur les sujets. C’est vrai que j’aime bien aller vite, très vite même, là j’étais servi. 

On me calait des réunions, il fallait les réponses dans la foulée, immédiatement. Parfois, j’avais même plusieurs réunions à cheval, en même temps (tout le groupe a accès à mon agenda mais tout le monde ne regarde pas les disponibilités des invités). Passer d’une réunion à l’autre, sans marge de respiration, basculer d’un sujet à un autre, sans avoir le temps de s’en imprégner pleinement et pour autant trancher aussitôt pour prendre la décision… Il m’arrivait de plus en plus souvent, qu’après un peu de « décantation » (souvent en voiture), je rappelle pour au final changer les décisions, car j’avais pris le temps d’y réfléchir.

Parallèlement, la petite agence Mediaveille était devenue MV Group. De seul ou quasi seul à décider, les décisions se prenaient maintenant à huit ; il fallait repenser notre organisation, et mon fonctionnement personnel.


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L’année 2018 a été passionnante, comme toutes les autres, mais je me rendais compte que je ne maîtrisais plus mon emploi du temps, ni mes temps forts de prise de parole auprès des équipes. Il devenait difficile de positionner une date pour les Codir. 

Deux éléments ont été déclencheurs pour moi :

  1. J’ai la chance d’avoir des membres du Codir fidèles, honnêtes avec qui nous nous connaissons parfaitement, ce qui permet de se dire les choses, même les plus fortes. Lina Poizeau , Directrice du Capital Humain du Groupe et Yohann Delahaye, DG de Mediaveille, ont su me dire que depuis quelques semaines, je ne générais pas une bonne énergie 
  2. Je suis membre du réseau APM, et en décembre 2018, nous avons eu une journée sur le cerveau. Le cerveau de l’urgence et celui du raisonnement

Il ne m’en fallait pas plus pour prendre conscience que je n’activais plus depuis quelques temps que mon cerveau de l’urgence.

Le changement, c’est maintenant 😊

Décembre 2018, alors que je suis en vacances à la maison (les vacances ont toujours été de supers conseillères pour moi), je prends le temps de me poser… sur moi.

Ai-je apprécié mon année ? Ai-je pris du plaisir ? Me vois-je continuer comme ça pendant 15 ans encore ?

La réponse est non. Non pas que je ne m’éclate pas, mais les années faisant, je ne vais pas tenir à ce rythme de folie, et ce n’est pas le meilleur pour moi, pour mes équipes, pour le groupe, et du coup pour nos clients à long terme. Il faut que je change les choses, il faut que je prenne de la hauteur (du haut de mon mètre 72), mais pour ce faire; il faut que je prenne plus de temps.

J’analyse les choses :

  • Mon Codir est performant et autonome, ils prennent quasi toujours les bonnes décisions que je ne fais que valider ou ajuster à la marge.
  • Nous sommes habitués à travailler ensemble depuis 10, 15 voire 20 ans.
  • L’entreprise grandit, il faut que tous les salariés montent en compétences et en autonomie.
  • Le management par l’absence : c’est un des points qui est souvent négligé dans les entreprises et pourtant je le trouve ultra puissant. Qui n’a pas connu une absence soudaine d’un collaborateur de qualité dont on craignait l’absence et finalement ses collègues se retroussent les manches, sortent de leur zone de confort par obligation et se débrouillent parfaitement ? L’absence leur a permis de prendre conscience de leur potentiel qu’ils sous-estimaient.

Entreprendre, c’est aussi avoir une certaine forme de liberté, pas totalement bien sûr, mais sur certains points, on a les cartes en mains. J’ai toujours aimé vivre des expériences différentes, sortir des sentiers battus, ne pas penser comme les autres, pour vivre des choses uniques.

Et si le moment était venu de faire un petit break ? 

Oh, pas un break pour « glander », mais faire une pause, un arrêt sur image, pour se poser les bonnes questions, et s’assurer que la route que l’on prend est la bonne.

Ma décision est prise, je vais quitter l’entreprise « physiquement » pour ne plus être dans « la machine à laver » et m’offrir du temps. Du temps de réflexion, du temps sur les sujets, approfondir encore plus les choses. 

Illustration du concept de travail (personnages à des bureaux, dans un fauteuil, un hamac...)

Le passage à l’acte

Ce n’est pas un coup de tête, c’est mûrement réfléchi, même si pour certains le timing semble court, les éléments sont pesés et mesurés pour que tout se passe bien.

Je ne veux pas rester chez moi, je cherche des locaux pour m’accueillir, juste un petit bureau tout simple. Je veux être dans un lieu qui change mon quotidien, pour me sortir de ma zone (pas de confort), pour mettre mon cerveau dans une nouvelle dynamique.

J’adresse assez naturellement un SMS à Valérie Cottereau, une amie dirigeante de l’entreprise Artefacto, basée à 5km de nos locaux et sur le chemin de mon domicile. 

Je lui écris « Salut Valé, je souhaite prendre un peu de recul pour bien réfléchir sur l’entreprise, et pour ce faire, je cherche un bureau qui pourrait m’accueillir quelques mois. Aurais-tu une petite place ? » 5 minutes après je reçois la réponse « Mais bien sûr Olivier, tu peux venir quand tu veux, c’est une super idée ».

Il me reste à partager cette décision avec les équipes, d’abord le Codir, à qui j’explique un par un mon idée. Chacun comprend et m’y encourage même, le fait d’être à 5km et joignable est aussi rassurant en cas de besoin. Et enfin, je veux être transparent avec les équipes du groupe, c’est ce que je fais à l’occasion d’un « Pitch du boss » (notre RDV trimestriel) le 8 janvier 2019.

J’explique en totale transparence mon cheminement, mon besoin, que la décision est mûrement réfléchie, qu’ils sont entre de bonnes mains. Je ne pars pas en vacances, mais justement je vais me poser encore plus sur l’entreprise car nous avons franchi le cap des 180 collaborateurs et que ma responsabilité est de définir la bonne stratégie pour le futur.

L’équipe comprend parfaitement et ne semble pas particulièrement surprise de mon besoin. J’annonce donc que je commence dans 3 jours chez Artefacto.

Je supprime de mon agenda tous mes points hebdomadaires, mes Codirs et je supprime l’intégralité de ma To do.

Ma To Do, je voulais la nettoyer et ne plus en être otage. Au fil des ans, on se garde des choses qui ne sont au final d’aucune utilité, juste une idée que nous avons eue à un moment précis, mais reportée en permanence car finalement pas prioritaire. Ce sont des tâches que je garde juste en me disant que je dois respecter mes engagements (auprès de moi-même exclusivement), mais finalement ça nous consomme de la bande passante dans le cerveau.

Scène de bureau

Le 11 janvier 2019, c’est le nouveau départ

Le 11 janvier 2019, c’est un peu comme un nouveau départ. Accueilli royalement par Valérie, qui me fait la visite des locaux, des fonctionnements et me présente aux équipes. Il est 9h30, je suis seul dans mon nouveau bureau, il est vide, comme mon agenda et ma To Do. Je ne me pose qu’une seule question : “par où je commence ?”. 

Je suis comme un jeune start-upper qui commence par une page blanche. J’ai un grand tableau dans le bureau, je commence à noter en vrac l’ensemble des sujets et idées qui me viennent spontanément : je creuserai les sujets dans les prochaines semaines : pour une fois, j’ai du temps. Le tableau se remplit vite, les idées affluent dans le désordre, mais volontairement, je veux me laisser aller dans mes pensées, sans me mettre de limites ou de contraintes. 

Quelques jours après mon arrivée, je propose à Valérie de faire un pot de bienvenue, et que l’on explique aux équipes qui est ce nouveau à côté du bureau de la patronne. Une bonne occasion d’expliquer ma démarche, et de donner la raison de la présence du patron de MV Group dans les locaux, car certains commençaient à gamberger.

Au fil des jours, mes pensée se structurent mais j’apprécie ce calme quotidien, qui m’apaise. Quasi plus de mails, plus de déjeuner le midi (j’adore ces moments, mais depuis 10 ans tous les midis pour l’entreprise, ça devient pesant) : le break que je m’impose me fait le plus grand bien. Prendre le temps, c’est le maître mot de cette période. Prendre le temps de manger seul, réfléchir, cogiter (dans le bon sens), juste prendre 1H pour manger un sandwich en marchant sur les bords de la Vilaine.

Je retrouve un bonheur que mon quotidien et mon rythme m’avaient fait oublier, et pourtant, il est si simple et accessible.

Mes sujets de réflexion s’orientent vers les 2 axes les plus importants

  • Les collaborateurs : repenser le parcours candidats / collaborateurs
  • Les clients : repenser le parcours clients

🤝 Les collaborateurs, car ils sont au coeur de l’entreprise, c’est le premier capital du groupe. Je veux comprendre comment attirer encore davantage les talents, les garder, les faire progresser, les faire évoluer et leur offrir de nouvelles opportunités offertes par un groupe en croissance. Je refais tout le parcours, depuis la recherche d’emploi sur le web à la qualité de nos réponses (je fais le candidat mystère 😊 ), afin d’identifier les points d’amélioration dans leur expérience.

🤲 Les clients : se poser sur l’expérience de nos clients ou prospects, comment améliorer encore plus notre niveau de service et de performance, et leur faire vivre une expérience unique.

Pour chacun de ces chantiers, j’identifie plus de 200 points à auditer. 

Je profite aussi de ces instants pour reprendre le contrôle de mon agenda et planifier à l’année l’ensemble de mes temps forts, rencontres ou absences. L’idée est d’avoir une vue complète pour l’année et de m’assurer d’une parfaite cohérence.

Je passe 2 mois totalement isolé avec un principe simple, au moins 2h minimum par sujet (petits sujets), je veux aller chercher au fond de moi le maximum d’idées et pas seulement me contenter des premières à venir, qui ne sont pas toujours les meilleures d’ailleurs.

J’avance bien chaque jour, je suis content de moi, c’est même surprenant comme sentiment, j’éprouve une satisfaction personnelle chaque soir, car j’ai le sentiment de produire du concret, d’être utile à l’entreprise. Je retrouve du sens et du plaisir ! Produire des choses concrètes, ça faisait longtemps que je n’avais pu le faire.

Un nouveau plan Stratégique Waouh 2023

En mars 2019, je veux partager mes axes de réflexions avec mon Codir, nous nous isolons 3 jours à St-Malo (l’air marin est bon pour la réflexion). Nous échangeons sur les différents sujets, nous nous posons sur nos fondamentaux (raison d’être, missions, valeurs, etc), nous sommes tous bien en phase, mais je veux profiter de ce fait pour solidifier encore plus car ce sont nos bases, ce sont elles qui sont garantes de notre futur. 

Nous échangeons sur les différents points que j’avais identifiés, nous débattons et parfois chacun avec ses convictions. Je perçois que le temps que j’ai pris ces dernières semaines sur certains sujets peut créer quelques décalages par la prise de hauteur que j’ai eu la chance de m’offrir.

Le troisième jour, nous sommes tous parfaitement bien alignés sur les grands axes, nous validons qu’il nous faut un séminaire exceptionnel pour présenter et partager le nouveau plan stratégique que nous avons dessiné. Il s’appellera Wahou 2023. Nous le ferons dans un mois, mais voulons faire participer le plus grand nombre. Mon emploi du temps, libéré, me permet d’organiser ces ateliers avec les collaborateurs, des partenaires, et des clients. L’idée est d’évoquer tous les sujets identifiés, d’écouter les idées, de confronter et de challenger les nôtres, le but est de construire ensemble l’agence de demain.

Un mois intense, d’excellents moments, d’autres qui nous interpellent plus (ils chatouillent un peu), mais au final ce sont des axes d’amélioration et c’est cela que nous cherchons. Ce mois est un mois de sprint pour tous les membres du Codir, un mois chaud, car nous avons été un peu optimistes sur le calendrier en calant le séminaire seulement 4 semaines après. Mais maintenant que l’on y est, on va au bout.

On respecte notre engagement au prix d’une super mobilisation générale et le 5 avril 2019, nous présentons ce nouveau plan stratégique aux équipes, notre nouvelle feuille de route. Un plan particulier, car il ne parle pas d’objectifs de chiffres ou de nombre de salariés, pour nous tout ceci n’est que la conséquence d’une chose, la satisfaction de nos clients, tout en étant une entreprise socialement responsable, Green et Solidaire. Un joli programme qui nous ressemble bien et que l’équipe s’approprie immédiatement ; normal, elle y a fortement contribué.

Le 8 avril, nous commençons son déploiement, avec une nouvelle organisation qui anticipe les besoins futurs de nos clients et qui offre de nouvelles perspectives pour les salariés.

Fin avril nous réalisons avec le Codir, une Learning Expedition au Danemark sur le thème du bien-être des salariés, deuxième étape du plan stratégique. 

Mon nouvel agenda me permet de consacrer du temps à sa mise en œuvre, c’est bien d’avoir des idées, des intentions mais chez MV Group, nous sommes particulièrement attachés à respecter nos engagements et à faire ce que l’on dit.

Fin du 1er semestre 2019, je réintègre progressivement les locaux, mon expérience se termine.

Bureau bien rangé, pot à crayons, décorations cosmiques, etc.

Quels enseignements je tire de cette expérience ?

  • Prendre de la hauteur : 

Pour tout le monde, mais je pense encore plus pour le dirigeant, il faut apprendre à se poser, s’offrir du temps pour réussir à prendre du recul et de la hauteur. C’est je pense la plus grande difficulté que rencontrent les dirigeants. Nous sommes aspirés par notre quotidien, voire par l’organisation que nous avons-nous même mise en place. Mais quand une entreprise connait une forte croissance, ce que nous connaissons depuis 10 ans maintenant, il faut avoir en tête qu’elle change radicalement tous les 3 ou 4 ans. Il faut donc la repenser et repenser notre propre fonctionnement

  • Regarder les choses sous un autre angle : 

Regarder les choses de l’extérieur, sous un autre angle, permet de les voir différemment (ce que certains appellent la stratégie du lampadaire, ou on ne voit plus que ce qui est éclairé, mais un pas sur le côté et toute la vue est différente).

  • Le management par l’absence :

C’est une méthode qui accélère la progression de ses équipes, elles gagnent en autonomie, c’est du temps gagné pour le futur et plus de plaisir et de sens pour les équipes.

  • Se réaligner avec soi-même : 

S’offrir du temps, c’est se ressourcer, recharger les batteries, revenir à ses fondamentaux, ses racines, reprendre une bouffée d’oxygène, s’offrir un break. Après 30 ans à courir, ce n’est pas du luxe.

  • Echanger au quotidien avec un autre patron : 

Vivre des moments d’échanges exceptionnels avec Valérie, prendre le temps de partager nos retours d’expérience, pas seulement une discussion d’une heure ou deux, mais échanger pendant des mois ses réflexions, ses difficultés, a été un apport exceptionnel et je pense pouvoir dire, pour chacun d’entre nous.

  • Accélérateur pour l’entreprise : 

Paradoxalement à ce que l’on peut se dire, cette période de « break » a été un formidable accélérateur pour l’entreprise. Redéfinir une nouvelle ligne d’horizon par une vision claire, redonner des perspectives à l’ensemble des collaborateurs, quand tout le monde rame de façon synchronisée et dans la même direction, le bateau est encore plus stable et va beaucoup plus vite. Ce plan nous a permis de nous concentrer sur les axes prioritaires. Aller moins vite pour au final aller plus loin et plus confortablement. Nous étions 180 à l’époque, 14 mois après nous étions 300 collaborateurs dans le groupe.

Cette expérience a été exceptionnelle pour moi, non seulement elle m’a fait le plus grand bien à titre personnel, mais elle a fait grandir mes équipes et fait avancer d’un pas de géant MV Group. 

Sans nul doute, pour ceux qui en rêvent, je vous invite à organiser votre entreprise pour pouvoir vous l’offrir, c’est tellement bénéfique, qu’il y a un avant et un après.

Au final, j’ai quitté ma boîte 5 mois, mais pour mieux nous retrouver 😊

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Article écrit par

Olivier Méril

La stratégie digitale est un univers passionnant à explorer et encore plus à partager. Avec mes collaborateurs, nous avons à coeur de vous communiquer notre expérience et notre savoir-faire.

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